Je vais vous parler d’une chouette fille, ça changera un peu des mecs. Il s’agit de zine et de notre expérience complice sur le net. Déjà une petite précision de vocabulaire (non parce que les lecteurs perfides, moi je m’en méfie):complice ne signifie pas sexuelle ok? Elle et moi les sites de rencontre on connaît assez bien, on en parle même souvent. D’où cette idée de post. Régulièrement on se raconte nos petites mésaventures, nos joies, nos peines. On se moque des lascars, on s’offre des débriefs ponctués de fous rires. On endosse tour à tour l’habit de coach, celui de clown, de psychologue ou encore d’expert-conseil en relecture de mail.
On est là toutes les deux assises, à se dire nos espoirs ou à se remonter le moral, et ça fait souvent vachement du bien, même après la pire des rencontres, en parler soulage, on se sent d’un coup moins seule. Mais aussi, dans l’enthousiasme inhérent de ma nature impulsive elle réussit à me calmer, attention ça veut pas dire refroidir non plus ! Juste parfois ajouter un bémol sur une portée qui va trop vite. Bon on peut dire que tout ça s’appelle un échange non ? Et bien sûr qu’on rigole aussi parce qu’il y a rien de tel qu’un bon vieux rire bien franc pour se sentir vivante. Et une complicité terrible !
Avec le temps on s’est découvert quelques points communs. Celui entre autres de traîner nos guêtres sur le site mythique. Avec une alternance assez constante d’espoirs de déboires et de désespoirs. Avec cette même personnalité à la fois naïve et spontanée. Une nature fleur bleue et plutôt brave fille (attention ! à ne pas confondre avec « grosse dinde »). Un sens de l’humour qui nous est propre et une faculté à toujours rebondir, même du pire. Bref ! On partage ce même goût pour la solidarité féminine et cette spécialité psychoculinaire très particulière : le soufflé émotionnel. Vous connaissez ? Celui qui monte super vite super haut, et redescend tout aussi vite tout aussi bas (comme un soufflé au frromage !). S’enthousiasmer au 1er rendez-vous, vous savez le truc limite grimpage de rideau. Puis pleurnicher ensuite comme des madeleines entre deux grignotages de chocolat (ou trois verres de muscat c’est selon) dès le 1er accroc, le 1er silence, le 1er signe d’évitement, le moindre relâchement ou retard de nouvelles.
Non parce que ce qu’il faut que vous compreniez, c’est qu’il n’y a pas que Lorie qui a besoin « d’amour de bisous de câlins, moi j’en veux tous les jours oooouuuuuurrr ». Nous aussi on a drôlement besoin d’être aimées, rassurées, chouchoutées, embrassées, désirées, appelées, choyées. Ce qui ne nous empêche pas de nous débrouiller par ailleurs très bien toutes seules. Alors un jour on s’inscrit sur un site, comme ça sur un coup de tête ! Histoire de rencontrer un mec, de donner un petit coup de pied au cul à notre destin. Et là ! Bonjour les déconvenues ! Pour dénicher une pépite dans cette immense jungle, mieux vaut s’armer de patience. Mais aussi d’humour, de persévérance, d’un sens aigu de l’observation, de blindage. Ne pas être trop fragile mais plutôt consciente de sa valeur. Et ne plus s’étonner de rien, ce qui en soi est un bien triste constat.
Il advint, par un jour de grand vent, que désœuvrées et solitaires, nous sommes allées nous inscrire sur un site de rencontres. De rencontres masculines je précise, parce que nous ne cherchons pas des amis, des copains ou des exutoires ! Non ! Nous cherchons l’âme sœur, n’ayons pas peur des mots. Nous avons envie de rencontrer celui avec qui une tendre complicité et accessoirement (enfin pas tant que ça !) une sexualité torride va pouvoir s’épanouir. Inscription en 3 clics et roule ma poule ! Seulement on a oublié de nous dire d’attacher notre ceinture, et plutôt deux fois qu’une parce que les accidents sont fréquents ! Au début nous gambadons allègrement dans cette prairie de profils, innocemment même, nous faisant alpaguer par les nombreux requins qui nagent dans ces eaux troubles. On s’affole vite, très vite, trop vite, notre petit cœur encore à peu près entier se met à battre souvent, pour un mot gentil, que voulez-vous ? Il espère lui, il est venu pour ça… le désenchantement pointe son nez, on pleure, une heure, un jour, deux peut-être (après ça suffit hein !) et aussi sec on peut recommencer sa quête (le premier qui parle de chasse je le bouffe ), faire naître un nouvel espoir aussi vite déçu et ainsi de suite.
Ensuite vient le temps du break, il faut ! C’est vital, on a besoin de temps pour réfléchir et puis pour cicatriser. Certes les hommes qui hantent ces sites ne sont pas tous des goujats, au même titre que les filles ne sont pas toutes d’incurables romantiques, mais la proportion y est néanmoins élevée ! Ca fait des mois qu’on regarde, qu’on discute, qu’on rencontre des gens, que certains même passent un peu plus d’une nuit avec nous et c’est là qu’arrive l’insupportable. J’ai nommé : le silence radio.
Parce que des meetic boys potentiellement abordables, il y en a des milliers. D’ailleurs ils sont plutôt avenants. Ils veulent bien nous causer, nous dire des choses gentilles, nous charmer, nous épater par leur maîtrise de la drague virtuelle, nous faire rire, voir même nous rencontrer. Jusque là c’est assez easy. Décrocher un rencard franchement c’est pas compliqué. C’est après que ça se corse. Non parce qu’il faut savoir que Mr Meetic n’a pas prévu de SAV de la rencontre. Sinon le pauvre ! Il serait débordé ! Le charmant de la veille, celui qui nous contait les yeux dans les yeux combien on était belle, combien il sentait un truc un peu rare, une envie irrépressible de nous embrasser, celui-là même qui nous prenait la main, nous dévorait de son regard ardant en promettant de se revoir…. Et bien le lendemain le gars, on ne sait pas pourquoi ? (Et ça les filles acceptez l’idée qu’on ne le saura probablement jamais), croisé sur la toile il nous salue même pas !
Et oui ! Il nous zappe allégrement de manière totalement éhontée. Il oublie ses bonnes manières, a déjà oublié notre prénom, en a déjà choisi une autre pour belle. Il fait genre « ah bon tu m’as envoyé un chat ? Ah ben sorry j’avais pas vu… » Ben ouais ! Pas de bol, il est en plus atteint de cécité! Et c’est là qu’intervient le grand tournant du baptême. Cette étape particulièrement cruciale entre copines où l’on va décider que de « chéri virtuel » il deviendra « gros connard bien réel ». Les plus gratinés d’entre eux (en fait les plus lâches) auront même le droit à une rallonge, sorte de titre de noblesse : « gros connard sans couilles ».
Ah! La catégorie pas de couilles, bon allez, admettons que sur le tas, il y en ait un qui soit vraiment mort, mais euh.. non ! S’il était mort il ne serait pas connecté ou il a filé son password à un copain, ça arrive aussi ça ! Alors nous on écrit un petit mot gentil, mine de rien, pour prendre des nouvelles parce qu’on a vu que le gars il est connecté, et puis il ne répond pas… Bon après chacun fait comme il peut, moi je ne suis pas très patiente, j’ai vite fait de m’énerver, de tempêter, de menacer ! Mais rien ne vient, je pense que cette catégorie a mis au point une tactique qui a fait ses preuves ! Ca s’appelle : le combat cessa faute de combattants ! Bravo pour le courage ! Pourquoi nous laisser nous énerver plutôt que de nous dire franchement que ça va pas être possible ? Quoi ? Nous, nous le disons bien , nous l’avons bien dit des dizaines de fois, avec délicatesse et en essayant de ne pas froisser la personne (sauf quand on nous demande cash si on veut baiser parce que là, hein bon….). Mais ces messieurs (si tant est qu’ils méritent ce titre) ont une propension remarquable à faire le mort. Peut être qu’ils bichent le fait qu’on soit un peu accro ? Ou peut-être se moquent-ils de nous ? Ca doit bien exister les filles psychopathes mais ça doit quand même être plutôt rare, alors ils savent bien qu’au bout de quelques messages sans réponse on va laisser tomber, parce que on n’a pas non plus que ça à faire de s’accrocher à du silence.
Et là, chers lecteurs masculins, on aimerait bien que vous nous expliquiez un petit truc: pourquoi est-ce si difficile pour vous de taper sur votre clavier ces quelques mots ?
"Dsl notre rencontre restera sans suite parce que,
1) j’suis pas prêt,
2) j’ai rencontré quelqu’un
3) tout bien réfléchi je préfère les rousses
4) j’ai envie de m’amuser
5) tu comprends mon chien a la varicelle, mon grand-père un rhume de cerveau et ma mère une grosse gastro …"
Le plus surprenant c’est ceux qui reviennent des mois après, comme si de rien n’était, salut ! tu vas bien ? Euhhhh ? Excusez-moi, vous pouvez me rappeler votre nom ? Ah mais tu ne te souviens pas ? Et là, on se fait insulter brutalement, mais notre deuxième prénom n’est pas Pénélope, en auriez-vous douté ? Nous sommes passées à autre chose, pendant que Monsieur batifolait au gré du catalogue pour se rendre compte ensuite que finalement, avec celle-là, il y avait peut-être quelque chose de possible. Trop tard!
Bref ! Dites nous n’importe quoi, mais dites nous quelque chose ! Le silence, le doute, les hypothèses à la con, la remise en cause, l’attente tout ça engendre une fatigue inutile pour l’esprit dont on se passerait volontiers. Alors nous on s’adapte, plutôt mal que bien. Parce qu’on a encore envie de croire en l’amour. Mais surtout on a de plus en plus de mal à se laisser aller. A rêver, à s’enflammer, à s’enthousiasmer, à se lâcher. On devient soudain soupçonneuse, on guette, on se méfie. On se met même à surveiller. A chaque fois on se prend un petit coup de canif du côté du cœur. Notre capital confiance est de plus en plus écorné. Alors please ! Soyez un peu plus courageux, plus clairs, plus francs, plus vrais. Ce n’est pas si compliqué si ? Sérieux ! Tout le monde s’en porterait mieux ! Que votre sincérité ait une durée de vie limitée (sur le net maxi 48h) pas de souci ! Mais au moins prévenez nous. Ou encore mieux : dans le doute, si vous n’êtes pas sûr de votre attirance, abstenez vous.
Alors oui, nous ne perdons pas espoir, c’est vrai, mais les égratignures se referment de plus en plus lentement, nous devenons soupçonneuses, voire ironiques, au pire cyniques. Au risque de laisser passer le « bon », dégoûté par tant de manque de confiance. Mais non ! Le « bon » saura nous redonner confiance justement, ça va pas être facile mais notre spontanéité nous sauvera ! Naviguer sur ces sites n’est pas forcément synonyme de naufrage, nous y avons aussi fait de belles rencontres, mais ce qui est certain, c’est qu’il faut mieux avoir le pied marin !